Samedi, 19 novembre 2011

CONTROVERSE SUR LE FILM '' CRAZY HORSE ''

À un jour de la projection du film de clôture des Rencontres internationales du documentaire de Montréal (RIDM), les organisateurs ont due défendre, vendredi, le choix du film qui avait ouvert le festival, "Crazy Horse".

 

Dans une missive transmise aux médias en avant-midi, les organisateurs du RIDM ont répliqué à la trentaine de signataires dont la productrice Sophie Bissonnette ("Sexy inc. - Nos enfants sous influence") et le réalisateur Magnus Isacsson ("Uranium") qui avaient témoigné de leur indignation face à la sélection du long métrage, jugé "complaisant et sexiste". Le film du réalisateur américain Frederick Wiseman a été tourné dans les coulisses du Crazy Horse, qui se targue, sur son site Internet,

d'être "le plus avant-gardiste des cabarets parisiens (qui) célèbre la beauté et la sensualité des femmes dans une atmosphère intime et sophistiquée". Au départ, la direction des RIDM avait choisi de gérer la situation à l'interne, puisque la lettre datée du 11 novembre n'avait pas été diffusée publiquement. Les organisateurs ont toutefois rectifié le tir vendredi à la suite de la publication d'un texte intitulé "Controverse à Montréal au sujet du film d'ouverture 'Crazy Horse"' sur le site de "realscreen", un magazine spécialisé en documentaires.

"La lettre a circulé dans tout le milieu du documentaire. Tout le monde en parle depuis mercredi soir dernier, on se fait approcher constamment par le public et par les médias", a affirmé la directrice générale des RIDM, Roxane Sayegh. Les organisateurs du festival réfutent l'interprétation des signataires, qui font preuve, écrivent-ils, "d'une lecture contestable et d'une vision somme toute dogmatique et limitée du travail de documentariste". Les RIDM admettent volontiers que le célèbre cabaret parisien "Crazy Horse" peut être considéré par certains comme "un lieu sexiste exploitant une image contestable de la femme", mais ils estiment que l'approche de Frederick Wiseman est tout à fait justifiable étant donné qu'il n'a jamais été un "pamphlétaire engagé".

"Sa démarche, qui est plus proche de l'anthropologie, cherche à observer en profondeur son sujet, laissant le soin au spectateur d'en tirer des conclusions", peut-on lire dans la réplique des RIDM, qui se défendent par ailleurs d'avoir choisi le film "à des fins d'élargissement de public". Roxane Sayegh se défend aussi d'avoir voulu verser dans le sensationnalisme et d'avoir inclus un film sexiste à la programmation du festival. "Selon nous, ce n'est pas un film sexiste", a-t-elle tranché. Ce n'est pas l'avis du cinéaste indépendant montréalais Magnus Isacsson, qui écrivait sur son site Internet il y a quelques jours qu'en ne dénonçant pas le sexisme du milieu, où les attributs physiques des danseuses priment sur tout, Frederick Wiseman devient lui-même un "complice en exploitant les mêmes attributs sans relâche".

En entrevue téléphonique, le cinéaste engagé a refusé d'en dire davantage, ou de commenter sa démarche et celle des cosignataires de la lettre. "J'ai appris que les personnes qui ont signé cette lettre ne voulaient pas que ça devienne un débat public  ils voulaient discuter simplement avec la direction du RIDM, alors moi, je n'ajoute rien par solidarité avec ces gens-là", a-t-il tranché. Même son de cloche du côté de Sophie Bissonnette, qui a écrit dans un courriel que cette lettre "était exclusivement destinée aux RIDM", et qu'elle n'avait "aucune intention de faire une déclaration publique à ce sujet".

Pourtant, les signataires demandaient la tenue d'une discussion publique sur la représentation des femmes à l'écran, a rappelé Mme Sayegh vendredi en fin d'après-midi. "Nous les avons invités à venir à la leçon de cinéma que Frédérick Wiseman a donnée dimanche dernier, parce que nous estimons que plusieurs des questions qu'ils soulevaient devraient être dirigées directement au cinéaste", a-t-elle soutenu. Mais comme aucune question relative aux préoccupations mentionnées dans la lettre n'a été posée lors de la classe de maître, Mme Sayegh suppose que les signataires ne se sont pas déplacés.

Car "ce n'est pas au festival de justifier la démarche" (de Frederick Wiseman), a fait valoir la directrice générale, qui a assuré que si c'était à refaire, elle arrêterait son choix sur le même documentaire pour ouvrir les 14e RIDM, qui prennent fin ce dimanche avec la projection du film "Tahrir Place de la libération".

LE CRAZY HORSE FÊTE SES 60 ANS

CRAZY HORSE

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