Mardi, 12 juillet 2011

LA BOURGOGNE DES TOPAZES ET DES RUBIS

Chablis Les Clos / Photo : maison Joseph Drouhin

J’ai rencontré Jean-François Curie, directeur commercial de la célèbre Maison Joseph Drouhin de la Bourgogne.

 

R.H. – La maison Joseph Drouhin vieille de 130 ans est une des plus grosses de la Bourgogne avec 73 hectares qui sont réparties sur l’ensemble de la région.

J.F.C. – On essaye dans la maison de couvrir toutes les appellations de la Bourgogne, au nord à Chablis avec 38 hectares en passant par la Côte de Nuits et la Côte de Beaune où nous avons 37 hectares également, et enfin un tout petit domaine à Rully en Côte Chalonnaise de 3 hectares et l’ensemble représente, 90 pour cent de  Premiers Crus et Grands Crus.

R.H. – Votre maison travaille sur une énorme quantité d’appellations.

J.F.C. – Une des spécificités de la Bourgogne et de la Maison Drouhin également c’est que c’est toute une mosaïque d’appellations. Nous produisons 90 vins différents donc de 90 parcelles différentes ; parfois de petites quantités, un deux ou trois fûts dans certains cas, en particulier les grands crus, mais c’est pour proposer à nos amateurs et à nos consommateurs, une découverte du terroir bourguignon dans toutes les nuances de l’authenticité bourguignonne.

R.H. – Malgré la grande quantité d’appellations et de terroirs, vous ne cultivez, je crois, que les deux cépages principaux de la Bourgogne, le Chardonnay pour les blancs et le Pinot Noir pour les rouges et vous pratiquez la culture biologique.

J.F.C. – En ce qui concerne les cépages c’est bien sûr Chardonnay Pinot Noir puisque ce sont les cépages natifs de la Bourgogne. Nous avons également une toute petite production de Bourgogne Aligoté qui est aussi un cépage typiquement bourguignon, dans une production assez faible, mais également qualitative. En ce qui concerne la culture biologique nous avons démarré cette pratique dans les années quatre-vingt-dix avec quelques parcelles à Chablis et nous l’avons étendue maintenant à l’ensemble du domaine en pratique culturale biodynamique et biologique.

R.H. – Comment faites-vous la vinification?

J.F.C. – La vinification est traditionnelle, nous avons une philosophie qui est le minimum d'intervention lorsque c’est possible, en fonction du millésime et du terroir. Nous essayons de respecter le fruit au maximum puisque nous nous donnons beaucoup de mal dans la vigne où se fait le gros du travail. Il s’agit de préserver ensuite l’intégrité du raisin qui rentre en cuverie. L’idée c’est de faire un éraflage partiel dans certains cas puisqu’il nous arrive dans des millésimes comme 2009 et 2010, de conserver 30, 40, 50 % des rafles entières.

Nous avons remplacé tous nos pressoirs pneumatiques horizontaux par des pressoirs verticaux hydrauliques, qui reprennent la technique ancienne qui respecte beaucoup plus le fruit puisque le jus coule à travers les baies et se filtre presque naturellement. Notre cuverie est toute en gravité. Nous essayons de pomper et d’oxyder le moins possible le raisin et le vin ensuite, et nous employons des levures indigènes.

R.H. – Et l’élevage?

J.F.C. – L’élevage classique en Bourgogne est en fût de chêne, à l’exception des vins de Chablis. La plupart de nos vins de la région de Chablis sont élevés en cuves inox, en contenants neutres pour préserver l’intégrité de la fraîcheur et du fruit. Pour les vins de Côte d’Or l’élevage se fait obligatoirement en fût de chêne. À la maison Joseph Drouhin, nous essayons de limiter le pourcentage de fût neuf. Lorsque nous utilisons des fûts neufs, nous utilisons nos propres bois, puisque nous achetons de chênes sur pied dans la forêt de Bertranges, dans le centre de la France.

Nous faisons débiter ces chênes en merrains, des planches en bois qui passent de trois à quatre ans à l’extérieur de nos cuveries sous les intempéries, la pluie, la neige, pour que les tanins verts du bois soient lavés, et ensuite seulement nous faisons faire nos fûts. C’est une technique qui nous permet d’avoir des vins très peu marqués par le bois, puisque l’élevage en fût traditionnel, contrairement à ce que l’on croit bien souvent, c’est plus pour favoriser la micro-oxydation, donc l’échange d’air avec l’extérieur et le vin que d’amener un goût de bois ou un goût vanillé.

R.H. – Parce que vous ciselez vos vins, mais la plupart des autres producteurs ne prennent pas ce soin.

J.F.C. – Certains producteurs de Bourgogne ont la même philosophie que nous, mais effectivement ce n’est pas la majorité.

R.H. – Les vins de la maison Joseph Drouhin se caractérisent par un style.

J.F.C. – Nous avons eu la chance depuis plusieurs générations d’avoir des femmes œnologues et des vinificatrices. Pendant une quarantaine d’années c’était Florence Jobbard et depuis 2005 les vins sont vinifiés par un tandem composé de Jérôme Faure-Brac, l’œnologue en chef et de Véronique Drouhin qui est la fille de Robert Drouhin, également œnologue. Ce tandem, nous a permis de créer des vins élégants qui recherchent  l’harmonie et la finesse plus que la concentration et l’extraction. Nos vins sont souvent caractérisés, les blancs comme les rouges, par une notion de fruit et d’élégance plus que par la puissance. Je crois que le fait que ce soit des femmes qui ont vinifié nos vins depuis maintenant une cinquantaine d’années y contribue pour beaucoup.

Jean-François Curie nous avait apporté plusieurs bonnes bouteilles à déguster. 

J.F.C. – Effectivement lorsqu’on est reçu comme aujourd’hui on aime bien arriver les mains pleines. Le premier vin est un vin de la région de Chablis. C’est un Chablis Drouhin-Vaudon, millésime 2009

R.H. – Une magnifique robe dorée, claire.

J.F.C. – Les arômes de Chablis sont typiquement de fleurs blanches, ils sont assez minéraux. On trouve un peu de silex, de pierre à fusil pour donner des thèmes aromatiques. Ce sont des vins qui sont caractérisés par la fraîcheur, la tension, c'est-à-dire que ce sont des vins très droits, très purs. Celui-ci c’est un vin très agréable pour un début de repas.

R.H. – En bouche il a beaucoup de fraîcheur, en effet, et beaucoup d’élégance.

J.F.C. – À Chablis comme dans tous nos vins nous recherchons la pureté des fruits plus que la puissance, parce qu’on veut que ces vins soient d’agréables accompagnateurs d’un repas. Il faut que le vin mette en valeur le repas plutôt que l’inverse. 

Le deuxième vin était un Chorey-les-Beaune 2007.

J.F.C. – C’est un vin rouge, un Pinot Noir de la Côte de Beaune qui provient d’un petit village qui s’appelle Chorey-les-Beaune. Les vins qu’on y produit sont très fruités, très friands, très gourmands. Des vins qui s’apprécient dans leur jeunesse.

R.H. – La robe est d’un magnifique rouge rubis.

J.F.C. –  Les arômes sont caractérisés par les petits fruits rouges. Chorey est un village qui est sur les bas de coteau, exposé sud – sud-est. C’est un terroir où l’on trouve des marnes calcaires. Ce sont des terrains relativement profonds, relativement lourds, qui donnent toujours des vins fruités, gourmands, ce sont des vins «de régalade» comme on dit en Bourgogne, des vins de soif à boire à tout moment entre amis. Ce sont vraiment des vins de plaisir.

R.H. – En bouche… c’est un vin joyeux, très joyeux.

J.F.C. – Je sais que lorsque vous parlez de joyeux vous savez de quoi vous parlez, puisque vous êtes le président du Club des Joyeux.

R.H. – Vous m’avez apporté une troisième bouteille que vous ne voulez pas l’ouvrir, vous voulez me l’offrir. Pouvez-vous la décrire.

J.F.C. – Je pense que c’est une bouteille qu’il faut la boire avec vos amis autour d’un bon repas. C’est le vin probablement le plus emblématique de la Maison Joseph Drouhin, c’est le Clos des Mouches qui est bien connu au Québec depuis de nombreuses années et c’est notre vin fétiche pour plusieurs raisons : Il s’agit d’un vin de l’Appellation Beaune, donc Premier Crû au Sud de Beaune, en direction de Pommard; c’est un domaine qui a été constitué par Maurice Drouhin qui était le fils de Joseph Drouhin et qui souhaitait faire l’acquisition d’un grand vignoble aux portes de Beaune, dans les Années Vingt.

À l’époque, il n’avait pas des moyens importants de transport et sa cuverie se trouvait dans la ville de Beaune. Il a constitué ce domaine de quinze hectares, avec 45 parcelles différentes, dont il a fait l’acquisition auprès des vignerons. La parcelle du Clos des Mouches est une parcelle qui a une exposition Sud-Sud-est typique de la Bourgogne. C’est un endroit très chaud où il y avait beaucoup de ruches, on y faisait du miel. Le nom de Clos de Mouches lui vient de là puisqu’on appelait autrefois les abeilles des mouches à miel. Le nom lui est resté et cela donne des indications sur la chaleur des lieux.

Je vous ai apporté la version rouge en Pinot Noir, mais nous avons également la moitié de l’appellation de 15 hectares, plantée en raisins blancs, en Chardonnay et qui est souvent même plus connue qu’en version rouge, et c’est un accident de l’histoire.  Dans les années 1920, Maurice Drouhin avait, comme beaucoup d’autres vignerons, planté quelques pieds de Chardonnay au sein de cette vigne pour arrondir les cuvées, comme on disait et également pour que les vendangeurs ne soient pas ennuyés à manger toujours du raisin rouge, qu’ils aient aussi un petit peu de raisin blanc lorsqu’ils coupent le raisin.

Une année, en 1928, l’assemblage n’a pas été possible, et il a fait une cuvée de quelques fûts de vin blanc qu’il a gardée pour sa consommation personnelle. Un jour il a reçu un de ses amis,  Monsieur Cornuchet qui était propriétaire du Maxim’s à Paris, le restaurant à la mode à l’époque des Années folles. Ce monsieur Cornuchet est tombé en amour, comme on dit chez-vous, du blanc de Clos des Mouches et a voulu le vendre en exclusivité dans son restaurant. Comme c’était un restaurant «prescripteur»  comme on dit aujourd’hui, tout le monde s’est entiché du Clos des Mouches blanc et petit à petit la famille a remplacé du Pinot Noir pour du Chardonnay et aujourd’hui c’est moitié-moitié, donc on a le Clos des Mouches blanc et le Clos de Mouches rouge, à parité.

Le vin que je vous ai apporté aujourd’hui c’est un 2008, qui sort de nos caves. Il est caractérisé toujours par l’élégance, mais quand même c’est un vin qui a une certaine fermeté, c’est un vin puissant avec des arômes fumés. C’est un vin qui aurait intérêt à vieillir quatre à cinq ans avant d’être consommé et qu’il ne faut pas hésiter à carafer. Pas du tout pour décanter le dépôt mais pour l’aérer. N’hésitez donc pas à l’ouvrir une heure ou deux et à le mettre en carafe avant de le déguster.

R.H. – Certains de vos vins sont de longue garde.

J.F.C. – La maison est caractérisée par cette ambivalence. Nous avons des vins qui sont très fruités, très charmants lorsqu’ils sont jeunes, mais qui ont un potentiel de vieillissement très intéressant. Nous avons dans nos caves des bouteilles de Clos des Mouches, en particulier, des Années Vingt et Trente, qui se dégustent encore très bien.

Voilà pourquoi les vins de la Maison Joseph Drouhin sont servis sur les meilleures tables et nous font connaître le meilleur de la Bourgogne jusqu’au Canada !

Jean-François Curie
Vice-président et directeur à l’exportation de la Maison Joseph Drouhin en Bourgogne
7, rue d'Enfer
21200 Beaune
France
Jeanfrancoiscurie@drouhin.com


Représentés au Québec par Laure Garnier

Vins Philippe Dandurand
1304, avenue Greene, Westmount, QC  H3Z 2B1
Tél. : 514 932-2626, poste 250
Cell. : 514 409-6483

Samy Rabbat

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