Lundi, 22 février 2016

APRÈS AVOIR RUGI LE TIGRE S’EST ASSAGI

Photo: HuffingtonPost

 

Michel Bergeron aura été au cœur de la rivalité Canadien-Nordiques. À cette époque, partisans du Canadien ou des Nordiques, nous étions rivés devant le petit écran pour chacune des parties entre les deux formations. Il y avait un enjeu, et surtout beaucoup de fierté et d'orgueil chez les joueurs. Aujourd'hui, il n'y a plus ce sentiment d'appartenance. Bergie serait bien malheureux derrière le banc d'une équipe.

Michel Bergeron s'est métamorphosé au fil des ans. Nul doute que sa conjointe Michelle, sa complice depuis plusieurs années, est à l'origine de cette grande transformation quasi extrême. Qui l'eut cru! Le tigre qui brandissait les bras derrière le banc pour au moins une décision par match de l'officiel, est finalement devenu plus calme et pondéré. À mon grand étonnement, j'avais au bout du fil un tout nouveau Michel Bergeron. Il canalise maintenant ses énergies. « Je relaxe davantage et je ne m'emporte plus autant. D'ailleurs, si c'était à refaire, il y a une foule de choses que je ferais autrement. Aujourd'hui, si j'étais l'entraîneur-chef d'une équipe, mon approche serait bien différente, ma façon d'agir également. Après une défaite, j'étais toujours d'humeur massacrante lorsque j'arrivais à la maison, et mon épouse devait subir toute cette frustration ».



À tout bien considéré, Michelle Bergeron est une sainte femme. « Michelle est la femme idéale, une compagne de vie exceptionnelle. En plus c'est une femme ordonnée et bien structurée ». La vie familiale en a pris pour son rhume. « S'il y a une chose que je regrette, c'est de ne pas avoir passé plus de temps auprès de mes enfants. J'ai bien l'intention de me reprendre avec mes petits-enfants ». Michel Bergeron a longtemps regretté de ne pas avoir été le candidat de son ami Pierre Lacroix pour diriger les Nordiques au Colorado, et aussi d'avoir été ignoré par le Canadien.

« J'ai mis des années à m'en remettre. J'en ai voulu longtemps à Pierre Lacroix. Plusieurs années plus tard, nous nous sommes échangé une poignée de main lors d'une ronde de golf à Vegas ». Michel ne l'a pas avoué, mais nul doute que le regretté René Angélil y a été pour quelque chose dans cette timide réconciliation. Lors de notre entretien en août, il venait tout juste de disputer une ronde de golf au Mirage avec... Mario Tremblay, qui fut jadis un ennemi juré. N'est-ce pas une preuve que le tigre se soit grandement assagi!



Serge Savard avait lui aussi ignoré la candidature du Tigre pour le poste d'entraîneur-chef du Canadien. « Serge n'avait pas retenu ma candidature à cause de mon bilan de santé. À l'époque où j'étais dans le hockey mineur à St-Michel, je rêvais de devenir entraîneur-chef du Canadien de Montréal ».  Rappelons qu'au début des années 2000, le Tigre a fait un AVC. Depuis, il prétend qu'il suit scrupuleusement les recommandations du médecin. « Mon médecin m'a demandé de ralentir. Il m'a dit que je ne pourrais plus vivre à 150 km/h. J'ai ralenti quelque peu, et je vis désormais à 125 km/h », de souligner le Tigre, un surnom qui lui a été attribué par le journaliste Marc Lachapelle, qui suivait les faits et gestes de Michel Bergeron dans la Ligue de hockey junior majeur du Québec à l'époque.

LE QUARTIER ST-MICHEL, UNE PÉPINIÈRE DE COMPÉTITEURS

Après avoir fait sa marque dans le hockey mineur à St-Michel, il a conduit son équipe à un titre canadien. On l'a vite remarqué pour sa fougue légendaire derrière un banc. Le tigre aura été un modèle pour les Michel Therrien, Alain Vigneault et Bob Hartley. Tous trois toujours actifs dans la LNH. Son style flamboyant n'a jamais laissé personne indifférent. Lorsqu'on lui parle de ses plus grands moments en carrière, c'est indiscutablement les deux occasions où les Nordiques ont éliminé le Canadien qui l'ont le plus marqué. « C'était quelque chose, pour un petit gars qui a grandi à Montréal, de battre le Canadien sur sa patinoire », de dire Bergie, qui répète à qui veut l'entendre que le but d'Alain Côté en 1987, contre le Canadien dans les séries, était bon. On lui en parle encore aujourd'hui.



Michel Bergeron a passé sa jeunesse dans le quartier St-Michel, tout comme Éric Lucas, devenu champion du monde à la boxe, Bruni Surin, médaillé d'or aux Olympiques, et Joachim Alcine, qui fut lui aussi champion du monde à la boxe.

UN QUÉBÉCOIS CANADIEN FRANÇAIS

Michel Bergeron a aussi été entraîneur-chef des Rangers de New York, sous la férule de Phil Esposito à l'époque. Le mariage n'a pas duré longtemps, aussi court que celui de Julie et PKP. À cette époque, Bergie m'avait fait une déclaration qui allait choquer plusieurs péquistes. Le PQ faisait campagne pour la loi 101. J'étais journaliste pour le Super Hebdo de Québecor. Mon rédacteur en chef, Yvon Pedneault, me demandait en catastrophe une réaction du monde du sport sur la loi 101. C'était un peu comme trouver une aiguille dans une botte de foin. Non seulement il me fallait dénicher deux athlètes qui voudraient bien s'exprimer sur ce sujet délicat, mais encore fallait-il trouver des gros noms d'avis contraire. Toute une mission.



Je parviens à rejoindre Mario Lemieux à Pittsburgh, et il me dit sans hésitation: « Je suis pour l'application de la loi 101 ». Je tente ma chance du côté de New York, espérant parler à Michel Bergeron après l'entraînement des Rangers au Madison Square Garden. Finalement, j'ai Bergie au bout du fil et je lui demande une réaction. « Je suis contre l'application de la loi 101 ». Michel, de New York, ne savait probablement pas les conséquences de sa déclaration. Il n'avait pas prévu dans son plan de carrière qu'il allait un jour devenir commentateur sportif. Le Journal titrait en première page le lendemain: LEMIEUX POUR LA LOI 101- BERGERON CONTRE. Il n'en fallait pas plus pour que Gilles Proulx tombe à bras raccourcis sur Bergie, le lendemain, au Journal du Midi à la radio.

Mais depuis, il faut croire que les amateurs ne lui en ont pas tenu rigueur. Il est visible et en demande comme jamais. Il faut dire que le monde du sport et de la politique n'ont jamais fait nécessairement bon ménage. Quoiqu’il y a eu quelques exceptions: Ken Dryden, Jacques Demers, George Springate et Serge Savard, qui aurait bien aimé devenir... sénateur.



Michel Bergeron est adulé au Québec. Lors de notre entrevue, il ne croyait pas au retour des Nordiques, notamment parce que la ville n'avait pas un nouvel amphithéâtre. C'était bien avant la construction du Centre Vidéotron. Depuis, comme plusieurs, il a changé d'opinion. Et nul doute qu'il serait un excellent conseillé pour la nouvelle organisation qui sera mise en place le jour UN. Bergie a toujours eu beaucoup d'admiration pour René Angélil, mais aussi pour Céline Dion. « J'aurais bien aimé avoir autant de joueurs disciplinés sous ma férule ». Michel ne nie pas ses origines, mais la politique, ce n'est pas sa tasse de thé. Il s'intéresse beaucoup aux productions made in Québec. Il a particulièrement aimé La grande séduction et Séraphin, et il a même joué dans la télésérie Les Boys. Comme dirait Elvis Gratton, Michel Bergeron est un Québécois Canadien français, d'Amérique.

En passant, n'essayez pas de le joindre sur son cellulaire pendant les weekends. Ils sont désormais consacrés à Michelle et à sa famille.

RON FOURNIER: DÉJÀ TRENTE ANS!
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