Lundi, 1 août 2011

UN ARTISTE C'EST TOUT SAUF UN DOSSIER

par
Maison de la culture Frontenac - Photo: Jean Gagnon

Quand on pense que les Maisons de la culture ont été créées pour favoriser la découverte des talents locaux.

 
J’ai des petites nouvelles pour vous, on ne veut même plus voir les artistes. Si j’ai applaudis l’avènement des Maisons de la culture lors de leur création, je les ai presque toutes vu naître. La toute première a été Marie-Uguay. J’y reviendrai tantôt avec un cas particulier. À l’époqu,e quand tu étais chanteur, tu prenais le téléphone et tu appelais l’agent pour une rencontre. Et ensuite, au cours du rendez-vous, c’était à toi de faire ton « pitch ». Et si tu avais une grande gueule, tu risquais de repartir avec une date au calendrier.

Je le sais, car à cette époque je produisais des musiciens et des chanteurs classiques. Et bon an, mal an, je réalisais une trentaine de concerts. C’est inimaginable maintenant. Dans le temps, ce n’était pas une mine d’or, mais c’était encourageant. Aujourd’hui, les agents culturels sont devenus des fonctionnaires qui ne prennent même plus le temps de recevoir les artistes. Et rien de tel que de vous raconter une expérience personnelle.

QUI ÊTES-VOUS ?

La semaine dernière, j’ai contacté une Maison de la culture pour proposer un tour de chant me mettant en vedette et conçu spécialement pour les aînés. J’ai toujours aimé cette clientèle particulière qui apprécie tellement les immortelles de la chanson française. Je vais de temps à autre dans les résidences pour les gens âgés. Et je le faisais quelquefois à la Butte Saint-Jacques. Je m’étais dit tiens, ce ne serait pas une mauvaise chose que de renouer avec les Maisons de la culture, en offrant le même programme pour le troisième âge des quartiers respectifs. C’était sans penser qu’elles sont devenues des structures tellement lourdes.

D’abord il y a la secrétaire, qui sert de barrage. « Oui, c’est que Mme Truc est occupée ». « Bon très bien, ai-je répondu. Qu'elle me rappelle ». Pensez-vous donc. C’est le surlendemain que j’ai pu mettre le grappin sur l’agente, qui est là depuis pas mal d’années. Je me suis rappelé à son bon souvenir, mais elle a fait le jeu de me reconnaître. Tout enthousiaste, j’ai exposé mon plan. Elle m’a répondu que ça ne se passait plus comme ça. Que maintenant il fallait appliquer sur un site auquel ont accès une trentaine de diffuseurs qui font leur choix parmi ce qui est proposé. Elle m’a même parlé d’un comité. Quand j’entends le mot comité, j’ai aussitôt une diarrhée chronique. Peut-être parce que tout comité est merdique en soi.

UN ARTISTE N'EST PAS UN DOSSIER

J’ai tenté de plaider qu’un artiste n’est pas qu’un simple dossier qu’on achemine par courriel. C’est une émotion sur deux pattes. Comment peut-on juger de la valeur d’une proposition si on n’a pas cette communication directe avec celui qui propose? Lui seul peut nous faire partager en direct sa flamme. Rien n’y fit. Elle tenait mordicus à ce satané poste d’accès sur le Web. Et la meilleure, c’est qu’elle n’avait plus le temps de rencontrer les artistes, tellement il y avait de sujets de proposition. D’une part ça dénote un je m’en foutisme flagrant. Secondo, elle gère très mal  son temps. Et comme mon récital touchait les aînés, elle m’a renvoyé à deux organismes de quartier qui se chargent d’accueillir des spectacles du genre.

Je sais ce que ça voulait dire, en réalité. C’est que ces organisations sont subventionnées et l’agente pellette ni plus ni moins mon projet dans leur camp pour qu’eux fassent le déboursé, et non elle. Car la perversion, c’est que les Maisons de la culture gardent leurs sous pour des artistes qui ont encore un renom. C’est ainsi que j’ai vu programmé un Luc de la Rochellière. Je rappelle qu’à l’origine des Maisons, le concept était de découvrir de nouveaux talents et non pas que le fric aille pour des artistes confirmés et qui ont d’autres salles pour se produire. Mais comme tout est politique, on préfère capitaliser sur ces noms et montrer aux contribuables que l’argent engagé attire des gens. Tandis que les moins connus, bien évidemment, ont des auditoires confidentiels. Mais ça ne doit pas être un empêchement. On ne doit pas être ici dans une zone de rentabilité.

LE MAL A COMMENCÉ SOUS JEAN DORÉ

C’est lui qui a fonctionnarisé à l’extrême les structures de la Ville. C’est sous son règne qu’on s’est débarrassé de Danielle Chouinard, la toute première agente culturelle à Marie-Uguay. Je vous raconte. Elle, comme les autres agents de son époque, était contractuelle. L’administration Doré avait décidé de rendre ces postes permanents. Autrement dit, d’en faire des fonctionnaires à vie. Déjà que les finances de la Ville étaient mal en point. Et comme ils allaient être syndiqués, on a procédé par un système d’affichage. Et l’odieux, dans tout ça, c’est que Danielle avait été obligée de postuler pour son propre poste! Elle qui avait des années d’expériences derrière elle.

Eh bien, comme elle n’avait pas la langue dans sa poche quand ça allait mal, on l’a écartée sous divers prétextes, qui se résument à dire qu’elle ne pouvait plus convenir aux nouvelles perspectives pour les Maisons. Ceux qui travaillent dans la fonction publique connaissent toutes les « gammicks » des histoires d’affichage. Les dés sont déjà pipés à l’avance. Avec le résultat qu’on s’est retrouvé dans les Maisons de la culture avec une mentalité de fonctionnaire. Les artistes sont devenus des dossiers qui s’empilent. C’est inadmissible. Car un artiste, c’est un bohème dans l’âme, surtout pas un fonctionnaire qui dort dans des comités. Je voulais juste vous dire ça, si jamais vous êtes artistes. Vous avez plus de chances de chanter dans le métro.

Les opinions exprimées sont celles de l’auteur et ne reflètent pas nécessairement celles de lametropole.com

Soyez le premier à réagir à cet article.
Nom (pseudo)
Courriel (non-divulgé)
Lien Youtube
Réagissez à cet article.
Je désire m'inscrire à l'infolettre La Métropole.
Saisir les 5 caractères
ok