Vendredi, 18 novembre 2016

PAPI, J’HAIS L’ÉCOLE

Voici une conversation relatée par mon meilleur ami. Son petit-fils de quatorze ans s’est confié à lui pour demander conseil.

 

« Cédric, est-ce que tu détestes un professeur ou l’école? J’hais l’école parce que je suis tanné de me faire “bosser” par des madames qui ne me comprennent pas.
Explique-moi.




Au cours primaire, j’ai eu seulement des madames comme profs. Mademe Sandra en 3e année était gentille et ne parlait pas fort. Elle ne nous chicanait pas comme les autres avant elle. Mademe Francine en 6e année était sévère, mais traitait les gars comme les filles. Elle n’avait pas de chouchous.



Maintenant au secondaire, on a parfois des hommes comme profs en Éducation physique et il y en a un en Chimie, mais les autres sont des femmes qui veulent se faire respecter, et elles crient trop souvent après nous. On dirait qu’elles sont frustrées. Est-ce qu’elles sont des bonnes professeures? Je pense que oui, mais je ne suis pas heureux d’être dans leurs classes.

Aimes-tu avoir des professeurs masculins? Oui. Il n’y en a pas assez. Les gars feraient moins de niaiseries en classe si le prof était un homme. Papi, est-ce que les hommes sont assez intelligents pour être professeurs? Oui, certainement. Pourquoi certains deviennent directeurs d’écoles, mais pas professeurs?

Tu sais, enseigner, ce n’est pas donné à tout le monde. Et pour un enseignant, malgré des études universitaires, les emplois en entrant dans la profession sont souvent à temps partiel. Or, un homme veut pouvoir profiter de sa liberté et faire vivre sa famillelorsqu’il en a une. Pour certains, cela peut créer une insécurité financière inacceptable. Cela peut expliquer que moins d’hommes choisissent de devenir professeurs.



Comment cela se passe en classe? Mes chums jouent aux jeux vidéo lorsque nous ne sommes pas surveillés. Certains manquent des cours pour aller niaiser au centre d’achats parce qu’ils s’ennuient à l’école. Pourquoi dis-tu que vous vous ennuyez à l’école? Parce que c’est plate d’apprendre la géographie, le français et les mathématiques.

Qu’est-ce que tu n’aimes pas dans les cours de français? Il faut lire et écrire. Ça sert à rien. Crois-tu vraiment que tu n’auras pas besoin de savoir lire plus tard? J’sais pas. T’a-t-on dit que pour contester les règlements de ton sport préféré, il faudra que tu les lises pour les comprendre? Je pourrai demander à quelqu’un de me les expliquer. Ce quelqu’un d’autre pourrait ne pas tout te dire ou t’induire en erreur même sans le vouloir. Par contre, si tu lis les règlements, tu pourrais découvrir des choses dont on ne t’aurait pas parlé. Plus tard, sur le marché du travail, la même chose pourrait se produire. Accepterais-tu de toujours devoir demander à celui qui sait lire ce que l’on attend de toi?

O.K. pour le français, mais pourquoi apprendre à compter alors qu’on a des calculatrices sur nos téléphones intelligents? Vas-tu sortir ta calculatrice pour vérifier si la caissière ou le commis t’a remis la monnaie exacte lors d’un achat? Si tu gagnais un gros montant plus tard, sortirais-tu ta calculatrice devant le vendeur pour savoir si tu as assez d’argent pour te payer la guitare dont tu rêves en plus de l’amplificateur et des autres accessoires de transport? Non, je ne voudrais pas passer pour un “tolé”.

Fiston, l’école sert à apprendre à apprendre. Toute ta vie, tu découvriras de nouvelles choses. Les études te permettront de savoir comment utiliser ce que tu apprendras. C’est comme cela que tu te distingueras des autres. »

Lorsque nous en avons parlé, mon meilleur ami m’a admis qu’il avait été un peu dérouté de se faire demander si les hommes étaient assez intelligents pour enseigner. Il a improvisé une réponse, mais a réalisé que le fait de ne pas reconnaître à sa juste valeur la tâche fait fuir des hommes qui ne veulent pas vivre la précarité en entrant sur le marché du travail.

En lisant sur le sujet, il a aussi appris que le taux de décrochage scolaire au Québec est beaucoup plus élevé chez les garçons que chez les filles et que leur niveau de réussite en est par ricochet affecté.



Nous avons ensuite fait le lien avec notre époque chez les scouts. On s’est rappelé que les troupes dirigées par des hommes formaient souvent des jeunes plus débrouillards et plus enclins à prendre des risques que les troupes dirigées par des mamans protectrices.

Est-ce que le modèle masculin en classe devrait être amplifié? Devrait-on canaliser l’énergie des garçons qui s’ennuient en classe vers une Formation professionnelle dans des métiers qui les prépareraient bien au marché du travail? Ils y retrouveraient plus de professeurs masculins.

Malheureusement, aussi longtemps que notre ministère de l’Éducation croira à la « Mission de l’Esprit Saint » et tolèrerales écoles confessionnelles, il ne se concentrerapas sur les priorités et passera à côté de l’essentiel.
ok