Jeudi, 11 octobre 2012

ÉLASTIQUE OU CORDON OMBILICAL?

par

Un membre essentiel à la vie a muté au cours des dernières décennies. Il est passé de conduit de tissu conjonctif contenant les vaisseaux qui unissent le fœtus au placenta à une matière extensible qui s’étire à volonté chez l’enfant...

 

Qui ne connaît pas un parent dont la progéniture a quitté le nid pour revenir après quelque temps? Qui n’a pas eu vent d’histoires qui se terminent sur le pas de la porte de leur foyer? Les situations sont légions et les raisons qui les amènent sont variées. Certains jeunes sont essoufflés de la réalité des comptes qui les absorbent chaque mois. D’autres ne peuvent plus respirer le même air que leur coloc (conjoint ou ex-meilleur ami), ils regrettent le confort du cocon familial... m’enfin bref… ils aspirent à une liberté qu’ils n’ont pas trouvée dans leur expérience d’adulte.

Oui, l’autonomie a un prix. Et ce prix en déstabilise plusieurs. Lorsque papa et maman paient les factures, qu’ils ne chargent rien pour nous héberger, qu’ils nous glissent quelques billets sous la table pour nous gâter, qu’ils pourvoient à tout, comment voulez-vous qu’on prenne conscience de la face cachée de la vie?

En ressassant mon passé, je songe à ce chemin que fût le mien. À l’époque, j’étudiais à l’extérieur et devais survivre de mes prêts et bourses. Néanmoins, les weekends et pendant la saison estivale, je fermais loyer pour revenir chez moi. Pendant de longues semaines, ma liberté prenait le bord. Toutefois, jamais je ne me suis sentie emprisonnée. Autant je me montrais fière de gérer mon temps au cours des sessions d’école, autant je savourais les attentions de ma mère et de son chum alors que je vivais auprès d’eux.  En toute modestie, je vous confie que les responsabilités me donnaient le vertige. Je me rappelle un jour avoir révélé à ma mère que je n’avais pas hâte d’atteindre ma majorité. Ce secret doit vous faire rire; même ma mère a sourcillé et m’a demandé pourquoi. À dix-huit ans, on devient garant de nos actes. Se cacher derrière ses parents paraît enfantin.

Puis, j’ai amorcé ma carrière de designer tout en demeurant dans ma famille. Parmi mes consœurs de travail, j’ai eu vent de scénarios qui imposaient de retrousser leurs manches afin d’aider leur enfant à rentrer au bercail. Et cela ne se faisait pas dans l’harmonie et le bonheur. Malgré que le soulagement se lisait chez eux, en gros, les tracas accompagnaient le retour du mal en point. Imaginez combien ils ont affronté ces moments en s’échinant à tempérer les dégâts émotifs.

Je sais, il existe des exemptions qui ne se comparent pas à un ricochet d’élastique. Il y a l’enfant qui débarque, car son emploi l’oblige à revenir dans son coin pendant que ses parents le reçoivent le temps qu’il trouve un endroit où habiter. L’autre qui traverse une période de convalescence et qui se voit offrir le soutien maternel… aussi, il existe des centaines de circonstances qui se veulent passagères.

Tout de même, les véritables rebondissements se veulent plus… indisposants. Ma mère y a goûté plus souvent qu’à son tour. Vous tomberiez en bas de votre chaise si vous pouviez observer les sempiternels recommencements de mes frères. Je ne les compte plus, je n’ai pas assez de doigts. En parent aimant (trop parfois) elle aidait ses garçons à refaire leur vie, les reprenait après leurs échecs et les hébergeait en tentant de les faire réfléchir, de les conscientiser à apprendre à mettre de l’eau dans leur vin. Elle espérait leur inculquer que fuir à la moindre épreuve ne les rendrait pas heureux. Aujourd’hui, je peux dire que les sermons semblent avoir porté fruit. Mes cadets donnent l’impression d’être stables.

ÉLASTIQUE DOULEUR!

Sans le réaliser, lorsque j’entendais mes amis me raconter les déboires de leurs descendants, je les encourageais à ma manière, j’écoutais et me montrais compréhensive et surtout, je leur souhaitais la meilleure des chances. Mon épaule a servi maintes fois. Ce que je ne regrette pas, car cela m’a permis de me préparer, moi qui m’illusionnais que jamais je ne vivrais le pincement du fameux élastique. Après tout, j’avais fait des miracles, il paraissait évident que ma fille était née avec un cordon ombilical normal.

ERREUR! J’avais tout faux… et ce choc en fut tout un. AYOYE!!!!!!

Récemment, j’écrivais que ma fille se prenait un appart… et cette étape ne fut pas facile à accepter. Avec générosité, on a offert de combler les achats de certains meubles et je me suis occupée de l’harmonisation pour la rendre fière de son loyer. Comme je travaille dans la décoration intérieure, il m'était impossible de la laisser dans un environnement sans ma touche de designer. Tout y était : tentures géniales, motifs muraux, literie à rendre jalouses ses camarades, pôles et stores de qualité… concept tendance dans toutes les pièces. Le résultat fut à la hauteur des attentes des tourtereaux. Pendant que mon porte-monnaie s’amincissait, ma fille rayonnait de la nouvelle vie qui se profilait pour elle. 

Et puis bang! Disons plutôt... slacke! Ça pince en maudit, un élastique de cette ampleur. Les larmes aux yeux sont peu dire, comme effet. Le cœur mange une sacrée volée, du genre qui reste pris dans la gorge pendant plusieurs jours et qu’on ne peut extérioriser, car notre enfant a besoin de notre réconfort. Pas facile de se joindre au club des parents dévastés. Encore moins de ramasser sa puce qui éclate en sanglots à tout moment. Le pire est que ni elle, ni l’ex-amoureux n’ont souhaité ce qui arrive. La vie leur a joué un sale tour et ils doivent apprendre à composer avec.

Tout ce que j’espère, c’est que ces jeunes trouvent le bonheur sans trop de séquelles. Autant l’ex que ma fille et tous ceux qui vivent de telles épreuves. Prions pour qu’ils réalisent leur chance d’avoir des parents qui acceptent de leur ouvrir leur porte sans conditions, sans rancune, sans craintes de ramasser les pots cassés.  Ça n’a pas de prix, des proches qui aiment suffisamment pour oublier qu’ils sont aussi un couple, mais que leur rôle de mère et de père priorise leur quotidien.

À nos futures générations, ne leur souhaitons pas de mettre au monde des bébés élastiques, mais seulement de s’ajuster à ce qui traversera leur vie avec le sourire et la patience accrochés à leur cœur!

SI VOUS AVEZ DES THÈMES SUR LESQUELS VOUS SOUHAITEZ VOUS EXPRIMER, AUTRES QUE CELUI D'AUJOURD'HUI, N'HÉSITEZ PAS.

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